vendredi 28 novembre 2014

Les communistes dans le dossier de Sivens - Intervention d'Eric Jalade, secrétaire départemental, à la Conférence Nationale (samedi 8 novembre 2014).

Les communistes sur le dossier de Sivens (novembre 2014)


Nous publions ici l'intervention d’Eric Jalade, secrétaire départemental, lors de la Conférence Nationale du PCF, samedi 8 novembre, lors du débat général.

L’intervention portait sur deux points, sur Sivens, et ensuite, plus brièvement, sur la question du Parti.

Comme vous tous, comme nombre de citoyens, nous avons été profondément choqués par la mort de Rémi Fraisse, victime d’un tir de grenade offensive, dans la nuit du 25 au 26 octobre, sur le site de Sivens.
Comme l’a rappelé tout à l’heure, à juste titre Pierre Laurent, nous voulons que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce drame et que les responsabilités soient établies.
Sur le fond de ce dossier, qui a pris, avec la mort de ce jeune homme, une dimension nationale, je voudrais revenir brièvement sur trois points : la question de la démocratie, celle de la responsabilité de l’Etat et enfin le rôle des communistes.

Sur la question de la démocratie et d’abord sur le mécanisme de décision qui a présidé à cet ouvrage. Pour mémoire, je rappelle qu’il ne s’agit pas d’un barrage de dimension importante, puisqu’il prévoyait une contenance d’1,5 million de m3, (supérieur cependant aux besoins réels). Ce mécanisme a révélé un problème démocratique réel dans la prise de décision, doublé, manifestement d’un conflit d’intérêt.
La CACG (Compagnie d’Aménagement des Côteaux de Gascogne) a la fois réalisé les études préalables et ensuite été désignée par la majorité du Conseil Général comme maître d’ouvrage déléguée …On peut comprendre dès lors qu’elle ait surdimensionné le projet, comme l’a montré le rapport des experts.
Autre manque criant, sur un plan démocratique, l’absence de dialogue, le refus d’entendre et d’écouter les citoyens qui ont soulevé des questions – qui se sont révélées pertinentes et légitimes – notamment les exigences d’études indépendantes et d’un moratoire sur les projets, avant ces études.  

Sur la responsabilité de l’Etat. Outre le CG, comme porteur du projet, pour nous, c’est l’Etat et ses représentants, qui portent une large part de responsabilité.

La préfète Josiane Chevalier (en poste jusqu’en septembre 2014) a signé les arrêtés, notamment celui déclarant le projet porté par la CACG d’Utilité Publique, en octobre 2013, alors même que le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) avait rendu, à deux reprises, un avis défavorable à ce projet.
Précisons, ce n’est pas anodin, que l’ancienne ministre de l’écologie, Delphine Batho (jusqu’en juillet 2013) avait demandé à la préfète de ne pas signer les arrêtés, contrairement à son éphémère successeur au ministère, Philippe Martin.
Enfin, comment ne pas souligner la responsabilité et l’attitude de Manuel Valls et de ses relais locaux, en particulier le député Jacques Valax, qui, de manière délibérée, ont jeté de l’huile sur le feu, en voulant passer en force, et imposer encore, aujourd’hui, ce projet en l’état, contre toute évidence.
Souvenons nous des propos de Valls, début septembre, devant les Jeunes Agriculteurs, indiquant qu’ils  (lui et son gouvernement) avaient « tenu bon » à Sivens et que les travaux allaient démarrer … On voit où nous en sommes aujourd’hui, où nous pouvons constater les résultats de cette politique du passage en force…

Sur l’attitude des communistes.
Depuis le début, nos élus sont en première ligne dans ce dossier, en particulier nos deux conseillers généraux, Roland Foissac et Serge Entraygues – dont je voudrais souligner, devant vous le travail, la ténacité et l’engagement aux côtés des associations et des citoyens pour porter avec constance les exigences de démocratie, de transparence et la demande d’études indépendantes.
Depuis plus d’un an – un an et demi – nous avons portée la revendication d’un moratoire sur ce projet, qui aurait évité de sombrer dans la spirale mortifère – et mortelle-  de la violence.
Depuis le début, nos exigences portent ces valeurs.
Au delà des opinions des communistes et de la population, nous avons essayé de porter ces orientations en tenant tous les bouts.

Oui, il y a besoin de projets sur nos territoires, y compris pour les agriculteurs. De même l’agriculture a besoin aussi d’irrigation, nous voulons contribuer à maintenir sur nos territoires ruraux - et pour partie menacés par la péri-urbanisation - des exploitations familiales, alors qu’elles sont tant malmenées par les politiques agricoles menées par les gouvernements successifs et par l’UE – via la PAC, qui favorise uniquement les grandes exploitations et promeut un modèle capitalistique à la place précisément des exploitations familiales…
Mais ces projets doivent être portés de manière démocratique, en préservant autant que possible les écosystèmes, en toute transparence et leurs études préalables réalisées de manière indépendante, des études que peuvent et doivent conduire des fonctionnaires du ministère de l’environnement dont c’est le métier !

De manière générale, nous sommes confrontés depuis 2012 – avec une accélération ces derniers mois - à une politique clairement antisociale, qui est de plus en plus clairement au service du MEDEF et des actionnaires.
Le désaveu et la défiance vont grandissant dans le pays, notamment dans le monde du travail, chez les salariés. Malheureusement nous ne sommes pas épargnés.

Sur la question du Parti, en quelques mots, je regrette que nous n’ayons pas eu à débattre, à l’occasion de cette conférence sur un texte de notre direction, faisant notamment le bilan de la période qui vient de s’écouler, à la fois depuis 2012 – et l’élection de Hollande – et aussi sur la stratégie choisie lors du 34e congrès, celle du front de gauche, dont les résultats doivent aussi être examinés de manière lucide, à l’aune des ambitions de l’époque, à savoir changer le rapport de forces à gauche … Là aussi, c’est un échec et le compte n’y est pas : nous sommes affaiblis, y compris sur un plan électoral, les forces populaires et le mouvement ouvrier aussi… Et c’est, hélas, l’extrême droite qui a le vent en poupe…
Comment pouvons-nous contribuer, à nouveau, à alimenter les luttes – dont on voit bien qu’elles ne sont pas au niveau des attaques gouvernementales et patronales – et redonner confiance au monde du travail ? C’est à ces défis que nous sommes confrontés, incontournables pour envisager une alternative progressiste. Pour les relever, il y a, à l’évidence besoin d’un parti de classe et de masse, le PCF, un parti rassembleur, ancré dans les luttes et adossé en toutes circonstances au mouvement populaire.