vendredi 14 mars 2014

Liaison Castres-Toulouse : Pour l'aménagement du territoire, contre l'autoroute concédée : Intervention de Jeanne Jimenez, lors du débat au Conseil Régional - 13 mars 2014



Mr le Président,

Jeanne Jimenez
Permettez-moi, tout d’abord ; de reprendre vos propos : « Il est temps de revenir à une vision saine des choses. Qui est responsable des routes nationales ? Qui est en charge de la sécurité ? L’Etat ou plutôt le gouvernement. Il doit assumer ses responsabilités, pleinement et intégralement. Les aménagements relèvent de lui seul. Mais est-ce une raison pour recommencer à mettre à contribution les contribuables locaux pour une route nationale ? Non, les collectivités ne le peuvent pas, elles croulent sous les charges. Les routes nationales sont de la compétence de l’Etat comme les services chargés de les entretenir ». Vous disiez encore lors de la plénière du 26 juin…… : « Puisque l’Etat a voulu écarter les routes des politiques contractuelles (définies dans le contrat de plan 2000-2006), il doit assumer ses responsabilités et engager les travaux qu’attendent nos territoires et qui sont la condition de leur développement économique. »
Comment ne pourrions- nous pas partager vos propos ?

Or, aujourd’hui encore, le gouvernement se refuse à prendre ses responsabilités comme aménageur du territoire et demande aux collectivités (conseils généraux du Tarn et de la Hte-Garonne et à l’agglomération Castres –Mazamet) de prendre à leur charge une part importante de son coût, alors qu’elles ne sont pas décisionnaires in fine. 
 Pour l’heure, choisir l’aménagement de la RN 126 en concession alors que l’on ignore l’existence même d’un concessionnaire et ses exigences à l’égard de l’Etat et à notre égard est un risque que nous ne saurions prendre.
A l’heure où le gouvernement annonce des réductions drastiques des dotations aux collectivités territoriales d’ici à 2017 – 10 milliards !  - cela risque d’avoir de graves conséquences pour les finances et les projets de notre collectivité. Les déficits  - prévus - de la concession sur ce projet de plus d’un demi milliard d’euros devront être couverts via une subvention d’équilibre d’au moins 350 millions d’euros auxquels il convient d’ajouter la rétrocession des déviations de Soual et de Puylaurens ainsi que 40 millions payés par les usagers d’Albi-Toulouse(A68) pour le doublement de l’A680 vers Verfeil).
Ce projet est également inadapté pour la plupart des usagers. Le coût annoncé du péage à 15 € aller-retour, 36 € par jour pour les poids-lourds nous font craindre une situation comparable à bien des égards au gâchis actuel de l’autoroute Langon-Pau.

Cela fait des années que la population du bassin Castres-Mazamet réclame l’amélioration de la liaison routière avec Toulouse tout comme en direction d’Albi. Cela fait des décennies que l’Etat se dérobe à ses engagements dont celui de Gilles de Robien en 2003. Dans ces conditions, une autoroute concédée qui plus est en cul-de-sac, n’est qu’une mauvaise solution coûteuse pour les collectivités et les usagers. Le projet économique qui sert de justification à cet équipement est insuffisamment ancré sur le potentiel du territoire. 

La politique de « pôle d’équilibre » est mal définie. L’autoroute concédée risque d’accentuer un déséquilibre particulièrement fort entre la métropole toulousaine et notre bassin dont le potentiel économique a été abandonné par des industriels qui en ont pourtant tiré leur richesse. Pour l’avenir de toute la population de ce territoire et de ses difficultés actuelles – 15% de chômage sur le territoire de l’agglo-, la priorité doit être donnée à la redynamisation du potentiel existant (textile, bois, agroalimentaire, tourisme, pierre, chimie, mécanique, recherche …), à la création de services publics, notamment en matière d’éducation et de formation, ainsi qu’au soutien et au développement du transport ferroviaire, voyageur et frêt dans toutes les directions : Nord – Méditerranée - Espagne et Toulouse-Atlantique.

Mais évidemment compte tenu de l’état actuel de la RN 126, actuellement, il est absolument nécessaire de l’améliorer de manière à ce que tout le monde, sans péage, puisse emprunter cet axe dans les meilleures conditions de sécurité possibles. La priorité, selon nous, c’est de traiter les points de congestion (zone de Mélou et Saïx) et le passage de Cuq-Toulza, en procédant donc d’urgence à la mise en 2X2 voies de l’ensemble de la section Castres-Soual. Je vous rappelle que convaincus de la nécessité de la modernisation de cet itinéraire, nous avons constamment affirmé notre volonté de l’inscrire dans les PDMI précédents, ce que les décideurs politiques de droite ont toujours refusé. 

Vous comprendrez donc, M. le Président, notre opposition à ce projet d’autoroute concédée, dans la mesure où l’Etat – aujourd’hui comme avec les gouvernements précédents - refuse de prendre ses responsabilités en livrant les habitants et les collectivités concernées à une expérimentation coûteuse et inéquitable (une autoroute pour les riches) décidée sous la pression de certains lobbies patronaux.
 
Oui, les aménagements routiers comme ferroviaires nécessitent des moyens importants mais il est faux de dire qu’il n’y a pas d’argent : si l’on revenait sur la privatisation des sociétés d’autoroute, bradées par le gouvernement Villepin en 2005 à des grands groupes du BTP, ce serait immédiatement des centaines de millions d’€ qui permettraient à l’Etat et à l’AFITF de financer des infrastructures utiles aux populations, au lieu d’aller gonfler les poches des actionnaires de Vinci ou d’Eiffage …  Procéder à la (re)nationalisation des sociétés d’autoroute comme le propose le groupe CRC au Sénat, ce serait une mesure courageuse, qui répondrait à l’intérêt des populations, en permettant à l’Etat d’avoir les moyens de bâtir une réelle politique d’aménagement du territoire sur le long terme.

vendredi 7 mars 2014

Sur la liaison Mazamet-Castres/Toulouse (suites) : le choix des communistes

Aménagement du territoire, responsabilité de l’Etat ou désengagement, privatisation et abandon du territoire ? 


Sur ce dossier, nous avons déjà exposé la position des communistes, qui est constante et qui, contrairement à d’autres, ne varie pas en fonction des circonstances, du calendrier électoral et de calculs internes…

A lire ici, ce que nous écrivions récemment sur l'autoroute concédée (en novembre dernier) ou à l'occasion du débat public, en 2010, lire ici le cahier d'acteurs de la section de Castres ou sur le site de la section de Castres du PCF, par exemple sur ce lien.
On pourra relire également ce que nous écrivions, avec nos amis et camarades de Castres à Gauche Vraiment, ici  ou l'appréciation, dans ce débat de l'Union Départementale CGT

Pour nous, l’aménagement du territoire – à fortiori s’agissant d’une route nationale comme la RN 126  - c’est de la responsabilité de l’Etat, des gouvernements successifs, qui depuis des décennies, traitent notre département comme un territoire de seconde zone.
La droite (notamment le RPR puis l’UMP) a instrumentalisé ce dossier et tente encore de le faire, alors que depuis des décennies, leurs élus ont laissé notre territoire à l’abandon, accompagnant la casse de l’emploi – et soutenant des politiques nationales et européennes qui l’ont aggravée, dans tous les secteurs – en accélérant le démantèlement des services publics et des politiques de solidarité (RGPP, casse de l’emploi public, austérité …).  

Nous voulons redire ici, au moment où l’on demande aux collectivités territoriales de se prononcer sur ce sujet, que c'est l'Etat qui porte la lourde responsabilité, aujourd'hui, comme depuis plus de 30 ans, de ne pas avoir aménagé correctement et équitablement le territoire, en particulier le sud et l’est de notre département. 
Aujourd’hui, la précarité et le chômage sont largement au dessus de la moyenne nationale et régionale, avec environ 15% de chômage sur le territoire de l’agglomération Castres-Mazamet, encore supérieur dans les villes, 19% à Castres et autour de 20% à Mazamet-Aussillon. La casse massive du socle industriel traditionnel - textile, délainage - n’a jamais été totalement compensée, même si des secteurs d'activité sont heureusement plus dynamiques (Chimie, mécanique-auto ou industrie pharmaceutique).

Dans ce contexte difficile, les habitants du sud du département ont besoin, peut-être plus qu’ailleurs en raison de ces difficultés économiques et sociales, de politiques solidaires, de services publics, d’infrastructures et de politiques publiques qui construisent de l’égalité, de la solidarité.

De fait, loin de rattraper ce retard, le vote de la loi « Métropole » (loi MAPAM, en décembre 2013), voulue par Sarkozy et le précédent gouvernement et votée par la majorité PS-Verts va aggraver les disparités de traitement entre les départements comme le nôtre et les métropoles. 

C’est donc vers un "déménagement" du territoire que l’on se dirige au seul profit des métropoles - dont l'agglomération toulousaine - qui vont voir leur poids se renforcer au détriment de territoires "périphériques" comme le Tarn, qui seront encore plus des territoires de seconde zone, avec peu d'infrastructures, mal entretenues (ou des autoroutes à péage, donc pour les plus riches), de moins en moins de services publics, d'emplois ...
Comme le souligne Roland Foissac, le choix de la concession (alors que le Conseil Général n'est décisionnaire en rien dans ce dossier, tout comme les autres collectivités territoriales, agglo ou région, contraints de dire à quelle hauteur ils vont financer une décision prise ailleurs...) constitue un renoncement, un alignement pur et simple, par défaut, de la part de la majorité des élus du CG sur les choix gouvernementaux.
Dans le même temps, ce gouvernement, avec l’objectif entêtant de tailler dans les dépenses publiques, annonce une nouvelle baisse de 10 milliards d’€ des dotations aux collectivités d’ici à 2017…
On contraint donc, dans de mauvaises conditions les collectivités à se prononcer sur un choix dont elles n’ont pas la maîtrise et dans le même temps, on leur réduit de manière drastique les moyens d’assumer des missions et des compétences que l’Etat leur a déléguées … 
Les communistes, leurs élus refusent ce choix désespérant où l’usager, le contribuable et le citoyen sera une fois de plus le perdant, et les gagnants – une fois de plus – seraient une fois de plus les actionnaires et les plus riches…
Il y aurait d'autres choix, courageux et responsables, à effectuer : d'abord la nationalisation, dans les meilleurs délais de l'ensemble des sociétés d'autoroute, bradées en 2005 au profit de grands groupes du BTP, avec un manque à gagner considérable pour l'Etat. Les sénateurs communistes ont rédigé une proposition de loi, qui a été discutée une première fois en janvier dernier au Sénat.
Cette proposition sera à nouveau à l'ordre du jour au printemps, en juin. 
Cela donnerait à nouveau des marges de manoeuvre et des moyens considérables aux pouvoirs publics pour opérer des choix dans l'intérêt des populations sur tout le territoire national, alors que les infrastructures, ferroviaires comme routières, nécessitent des investissements importants dans les années à venir, dans le respect de l'environnement. 
Ce serait là un choix véritablement progressiste et cohérent que pourraient effectuer une majorité de gauche, à la fois au Sénat et à l'Assemblée Nationale. 
 
A contrario, en faisant le choix de la concession – dans le prolongement des gouvernements de droite précédents - le gouvernement PS-Verts tourne le dos à des décisions qui relèvent de l'intérêt des populations, de l'intérêt général. 

La bataille pour la gratuité de la liaison Mazamet-Castres/Toulouse ne s’arrêtera ni en mars, ni dans les semaines et les mois à venir. 
Nous avons l’ambition de contribuer à rassembler la population de notre département pour qu’elle soit enfin respectée et écoutée et non pas traitée comme celle d’un territoire « oublié » de la République. Un comble à l’heure où la République célèbre, à juste titre, avec tous les honneurs le centenaire de l’assassinat de notre compatriote Jean Jaurès, natif de Castres, élu à l’Assemblée Nationale par les ouvriers et les paysans du Carmausin …

Comme toujours à vos côtés, vous pouvez compter sur les communistes, pour continuer à défendre l’emploi, l’aménagement du territoire, l'égalité et les services publics !

 Le 7 mars 2014 

Eric Jalade,
Secrétaire départemental du PCF. 


Liaison Mazamet-Castres/Toulouse : C'est de la responsabilité de l'Etat !

Vendredi 28 février 2014 se tenait une séance plénière au Conseil général, au cours de laquelle les élus ont été amenés à se prononcer sur le sujet de la liaison routière, suite au choix de l'Etat en faveur d'une autoroute concédée. 42 élus sur 46 ont voté en faveur de cette proposition, les 2 conseillers généraux communistes (Roland Foissac et Serge Entraygues) ont voté contre la proposition de concession, ainsi que Jacques Pagès, élu du canton de Vabre.

Nous publions l'intervention de l'élu du canton Albi Nord-Ouest en séance sir ce sujet :   

INTERVENTION DE ROLAND FOISSAC, Vice-Président du Conseil Général du Tarn. 


2x2 voies Castres-Mazamet vers Toulouse



Vous nous demandez de nous prononcer sur l’aménagement en 2x2 voies de la route nationale reliant Castres-Mazamet à la métropole toulousaine. Ici, dans cet hémicycle, j’en suis convaincu, chacune et chacun est favorable à un aménagement et considère qu’il s’agit pour le département d’un enjeu majeur. Mais faut-il le rappeler, il s’agit d’aménager une route nationale, la RN 126 dont le gestionnaire est l’Etat.

Voilà plus de vingt ans que le Conseil général se mobilise et délibère en faveur d’un tel aménagement. Pourquoi un tel retard ? Pourquoi cette lenteur si ce n’est parce que le gestionnaire se refuse à prendre ses responsabilités, rechigne à s’engager et, finalement, se dérobe et demande aux collectivités (les Conseils généraux du Tarn et de la Haute-Garonne, la Communauté d’Agglomération de Castres-Mazamet) d’assumer et de décider des modalités de cet aménagement et de prendre à notre charge une part importante de son coût. Ainsi, nous sommes face à une double dérobade de la part du gouvernement. Il se dérobe à ses responsabilités dans la prise des décisions et se dérobe une seconde fois en ne nous donnant aucune garantie de financement de sa part.

Dans ces conditions, choisir l’aménagement en concession alors qu’à ce jour on ignore l’existence même d’un concessionnaire, qu’on est par conséquent dans l’ignorance totale des exigences de celui-ci à l’égard de l’Etat et à notre égard, c’est un risque que nous ne prendrons pas. Car les seules certitudes que nous ayons, sont celles d’une subvention d’équilibre de l’ordre de 350 millions d’euros que nous nous partagerions avec l’Etat et d’un péage pour les usagers évalué à 15 euros aller-retour. A mes collègues qui sont tentés de céder aux pressions dans ce sens, pressions qui ne sont évidemment pas aussi désintéressées que ça, dans une bataille aux relents politiciens, je me permets de leur dire : « Prenez garde que par un tel vote, vous ne conduisiez ce projet auquel vous tenez dans une impasse ». Choisir l’option de l’autoroute concédée, c’est nourrir des illusions car, j’en prends le pari, pour des raisons évidentes de financement, par le fait que l’Etat et l’Agence de financement des structures de transport n’apporteront pas la contribution financière suffisante et parce que, au bout du compte, les sommes qui nous incomberaient seraient tellement hors de portée de nos ressources et si pharaoniques dans une période de « vaches maigres » où le budget de notre collectivité est toujours plus contraint, nous ne pourrions pas assumer, fusse le quart des sommes exigées. En fait, avec cette option, il nous faudrait consentir à demander aux contribuables tarnais de financer pour le compte d’un concessionnaire privé une première fois l’investissement et aux usagers sud-Tarnais de payer une deuxième fois avec le péage.


Pour toutes ces raisons, qui sont de bon sens, Serge Entraygues et moi-même nous prononcerons contre la solution en concession. Et, comme nous voulons une liaison rapide reliant le bassin Castres-Mazamet à la métropole toulousaine, nous disons : c’est à l’Etat, aujourd’hui défaillant, de prendre toutes ses responsabilités sur un itinéraire dont il est gestionnaire, responsabilité du type d’aménagement et responsabilité pour assurer le financement. Mais, pour convaincre cet Etat défaillant, avec un Président de la République venu sur place tenir des propos doucereux et qui, quelques mois plus tard, vous fait répondre, Monsieur le Président, par le Préfet de Région en vous « renvoyant le bébé », pour convaincre donc, ou plutôt pour contraindre, ce gouvernement, il faudrait – ou plutôt il faut – engager notre collectivité et les citoyens tarnais dans un bras de fer d’une autre vigueur que celui qu’est en train de nous imposer le lobby politico-économique auquel, hélas, certaines oreilles parmi nous ont décidemment été sensibles. Je vous remercie.