vendredi 6 juillet 2012

International/Union Européenne : En quoi la grève des mineurs des Asturies mérite toute notre attention et notre solidarité

Les médias français s'attardent très peu sur un conflit social très dur qui se passe près de chez nous, en Espagne, dans la région des Asturies. Cette lutte mérite d'être connue, les travailleurs et la population, ensemble solidaires, qui défendent l'avenir et l'emploi dans leur région méritent tout notre soutien et notre solidarité face aux casseurs : le gouvernement au service du capital et de l'Union Européenne.
Notre pays a connu, il n'y a pas si longtemps, d'importantes luttes des mineurs, en particulier dans notre bassin minier du Carmausin. Ces luttes des mineurs asturiens nous donnent l'occasion de rendre hommage aux mineurs de Carmaux. Ainsi, la lutte contre la fermeture de la découverte, souvenirs, de 1991 : 
Les mineurs de Carmaux pour le maintien de l'emploi en 1991 (extrait du JT d'Antenne 2 - 20 h - le 12 juillet 1991).




Retour sur une lutte historique contre la fermeture des mines espagnoles et un mouvement de classe contre la politique d'austérité

De la grande grève de 1934 au mouvement de luttes qui avait ébranlé le pouvoir franquiste en 1962, le bassin minier des Asturies, bastion communiste historique, a été au coeur des grands mouvements de lutte qu'a connu l'Espagne au XX ème siècle.

Les mineurs asturiens ont ouvert en mai dernier une nouvelle page de cette histoire en opposant leur résistance à une politique d'austérité aux conséquences dramatiques pour le secteur minier.

24 milliards de renflouement pour Bankia, 200 millions d'aides en moins pour les mines : une austérité à deux vitesses

Une politique d'austérité qui touche tous les secteurs, menée en concertation entre le gouvernement central de droite de Mariano Rajoy et les gouvernements régionaux, souvent de droite mais aussi parfois socialistes. C'est le cas des gouvernements tout juste élus d'Andalousie et d'Asturies, soutenus par Izquierda Unida.

8 000 mineurs sont encore employés sur plus de 40 sites, essentiellement en Asturies dans un secteur fortement dépendant des aides publiques.

La décision de réduire les subventions d'Etat, sous pression de l'Union Européenne, de 300 millions d'euros à 100 millions d'euros met en péril le secteur, menace les puits espagnols de fermeture.

Au même moment où l'Etat espagnol renfloue Bankia à hauteur de 24 milliards d'euros, la suppression d'une aide de 200 millions d'euros pour les mines (soit cent fois moins que celle pour la banque multi-nationale) apparaît d'autant plus révoltante.


De la grève reconduite à la grève illimitée puis à la grève générale: les conditions d'une convergence des luttes

Le 28 mai, les mineurs Asturiens se sont lancés dans une grève reconduite jusqu'au premier juin où a été lancée une grève illimitée, qui a conduit à l'occupation des puits mais aussi des routes et chemins de fer menant aux sites d'extraction.

Le 18 juin, une journée de grève générale a même été convoquée par les deux principaux syndicats UGT et CC.OO dans les régions minières touchées par les mesures du gouvernement, en Castille, Andalousie, Aragon et en Asturies bien sûr.

Selon les organisations syndicales, la grève a été très largement suivie dans ces régions, avec une adhésion de 100% dans les bassins miniers concernés.

Un mouvement relayé par celui des enseignants, des ouvriers des chantiers navals et surtout des travailleurs des transports, qui ont embrayé par une grève illimitée dans les bassins miniers.

« Nous ne sommes pas des Indignés ! » : diversification des formes d'un mouvement de classe

En grève depuis près d'un mois, le mouvement des mineurs asturiens ne faiblit pas. Les formes de la contestation se diversifient, se radicalisent parfois mais restent toujours centrées sur la lutte de classe.

Les occupations des places des grandes villes Asturiennes, des lieux de pouvoir comme le siège du Conseil provincial de Léon se multiplient. Le 18 juin dernier, près de 15 000 mineurs et autres travailleurs ont manifesté dans les rues de Léon, tandis que 50 000 ont occupé les rues d'Oviedo, la principale ville des Asturies.

Les mineurs ont pris clairement leurs distances avec les formes de protestation et les perspectives affichées par le mouvement des indignés. Un des slogans affirmé et réaffirmé en des termes crus dans les occupations: « Nous ne sommes pas des indignés, nous en avons marre ! » (Nosotros no estamos indignados, estamos hasta los cojones).

Les mineurs des Asturies, d'Aragon et de Léon viennent d'entamer une « Marche noire » qui devrait arriver à Madrid le 11 juillet, une longue marche sous le mot d'ordre marqué sur les chemises des mineurs : « Non à la fermeture des mines ! »

Radicalisation du mouvement et refus de toute compromission

Le mouvement s'est radicalisé dans certains villages du bassin minier Asturien où, confrontés à la répression policière, de rudes affrontements ont opposé les mineurs, soutenus par la population du bassin minier aux forces de l'ordre.

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Les images de scène de guerre dans le village de Cinera, le 19 juin dernier, avec barricades en feu, tirs avec des lance-pétards improvisés en lance-roquettes ont fait la une de la presse espagnole. A Cinera comme ailleurs, face à l'unité indéfectible de la population avec la lutte des mineurs, les groupes d'intervention de la police ont dû reculer.

Depuis quatre ans, sous le gouvernement du socialiste José Luis Zapatero, l'Espagne a été précurseur dans l'adoption d'une politique d'austérité qui touche tous les travailleurs. Depuis trente ans, l'Espagne, essentiellement sous le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez, a été à l'avant-garde des libéralisations et privatisations.

Jusqu'à présent, malgré un potentiel de luttes énorme, aucun mouvement de lutte n'a pu se construire. La responsabilité des organisations syndicales, CC.OO et UGT, est claire. Le mouvement des indignés a pu croître sur ce terreau de colère sociale, mais a canalisé cette rage dans une impasse politique.

Aujourd'hui, la grève historique des mineurs des Asturies, et d'ailleurs, pose peut-être le cadre du développement d'un mouvement de luttes radicalisé, sur des positions de classe, refusant toute compromission avec le patronat, l’État et l'Union européenne.

 (Merci aux camarades qui animent le site "Solidarité internationale PCF", d'où est extrait, en grande partie, cet article)